Qu'est-ce que le "saint rire" ?
Par Jean-Claude Guillaume   1 commentaire  
       
 

Question d'un Internaute : "Que pensez-vous du « saint rire », que certains affirment être une manifestation du Saint-Esprit ?"

Je crois de tout mon cœur aux manifestations du Saint-Esprit qui sont décrites dans l'Écriture et fondées sur elles. Quant à celles, extra-scripturaires, que certains prétendent y ajouter, je préfère pour ma part rester sur le rocher solide de la Parole, plutôt que de m'aventurer sur les sables mouvants de la subjectivité.

Cinquante-huit ans au service du Maître m'ont permis de bien connaître la personnalité du Saint-Esprit ; et le tact et la délicatesse qui le caractérisent ne s'accordent absolument pas avec ces vagues de rire incoercible, avec perte de maîtrise de soi :

"Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ; car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix" (1Co 14.32-33)

Depuis longtemps je combats les dérives pseudo-spirituelles qui passent par vagues successives sur le monde évangélique. J'ai d'ailleurs écrit un livre, "La séduction du pseudo-spirituel", sur ce sujet.

Le rire, comme les pleurs, est une manifestation physique. Tous deux peuvent exprimer un état d'âme. Je dis bien "peuvent", car on peut rire ou pleurer en l'absence de tout sentiment profond. Un bon acteur sait le faire. J'ai vu récemment à la télévision une séance de thérapie de groupe qui consistait à rire à gorge déployée. Rien n'est plus facile que de commencer à rire, même sans raison, et il se trouve que comme le bâillement, le rire est terriblement contagieux (Voir certains "bêtisiers" de présentateurs de télévision !).

Ces simples considérations sur la nature du rire n'ont absolument pas pour but de mépriser, ou ridiculiser les expériences de rire que certains prônent. Ce que je conteste, au nom de la fidélité à l'Écriture, c'est l'étiquette manifestation du Saint-Esprit que l'on colle un peu vite sur le phénomène psychosomatique du rire, comme sur nombre d'autres phénomènes d'ailleurs. Je suis également atterré de l'attitude antiscripturaire du promoteur de ces "nouvelles bénédictions", invitant les gens à renoncer à tout bon sens ou jugement sain de ces phénomènes.

J'ai effectivement eu l'occasion d'entendre plusieurs fois prêcher le novateur de cette manifestation pseudo-spirituelle. J'ai été particulièrement frappé par une véritable manipulation des masses, utilisant des arguments totalement contraires à l'Écriture : "Ne réfléchissez pas… Votre intellect entrave l'œuvre de l'Esprit… Laissez-vous emporter par la vague de l'Esprit, sans résister… etc.", alors que la Bible nous exhorte à utiliser notre bon sens. (Voir à ce sujet l'article : Faut-il rejeter notre bon sens pour être spirituel ? )

Certains nous présentent ce phénomène comme étant "le vin nouveau amenant la restauration de la joie dans l'Église". L'espèce d'ivresse qui saisit les participants (J'en ai vus qui ne tenaient plus sur leurs jambes !) est expliquée par la réflexion des moqueurs, le jour de la Pentecôte :

"Ils sont pleins de vin doux." (Actes 2.13)

et par le texte où Paul met en antithèse l'ivresse et la plénitude de l'Esprit, qu'ils mettent allègrement en parallèle ! :

"Ne vous enivrez pas de vin : c'est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l'Esprit" (Éph 5.18).

D'autre part, si le rire peut parfois exprimer la joie, généralement, c'est plutôt la gaîté qu'il manifeste.

Bien-entendu, Dieu peut bénir de mille et une manières. Mais cela n'exclut pas que :

"... Dieu nous a donné... un esprit de force, d'amour et de sagesse" (2Tim 1.7)

Ici, sophronismos peut se traduire par "sage discrétion", venant du verbe sophroneo : être sensé, prudent, sage, avisé (Cf. Marc 5.15 : "dans son bon sens", et Tite 2.6 : "modérés"). L'apôtre Paul, parlant d'un authentique phénomène spirituel, le parler en langues, applique cette sagesse lorsqu'il déclare :

"Si donc, dans une assemblée de l'Église entière, tous parlent en langues, et qu'il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous ?" (1Co 14.23)

Ayons donc la même sagesse, et n'attribuons pas au Saint-Esprit ce qui, selon Rabelais, est le propre de l'homme, et que je ne condamne en aucune façon, car j'aime bien rire moi aussi ! Je ne suis absolument pas contre la gaieté, ni contre les meubles, d'ailleurs, c'est pourquoi, mon ami, si tu es gai, ris donc !

 

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Vos commentaires (1)

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Posté le 21 Mars 2009 à 10h42
Merci à Jean-Claude Guillaume de dénoncer toutes ces choses qui, à mon humble avis, proviennent en direct du royaume des ténèbres ! J'ai entendu des personnes rire sans pouvoir s'arrêter au cours d'une réunion et je me suis sentie extrêmement mal à l'aise car à aucun moment je n'ai ressenti la présence du Seigneur au milieu de nous, aucune paix, aucune joie, mais plutôt une sorte de folie collective. D'ailleurs dans ces endroits-là il y a enormément d'exaltation mais peu de recueillement et de véritable adoration. Je suis profondément convaincue que cela n'était absolument pas l'oeuvre du Saint-Esprit qui fait tout à la perfection et ne peut que réjouir notre coeur, à la différence de ces soi-disantes "manifestations de l'esprit". Que notre Dieu nous donne tout le discernement dont nous avons besoin pour ne pas tomber dans des pièges aussi grossiers.
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