16 Novembre 2008 - Actualité christianisme, société, religion
Entretien avec Philippe Auzenet : Espérer contre toute espérance, c’est possible !
Par Paul Ohlott
France  |  Source : TopInfo  |   10 commentaires  |  Lu 3444 fois  |  33 votes
Entretien avec Philippe Auzenet : ''Nous sommes en train de former des générations de chrétiens qui ne veulent pas souffrir''
Tout du moins, c’est l’affirmation du pasteur et conférencier Philippe Auzenet, auteur d’un nouvel ouvrage aux éditions du Jubilé.

Véritable pamphlet contre la désespérance, ce livre de recettes pour parvenir jusqu’à la divine espérance, nous informe que celle-ci est un choix, et qu’elle peut s’apprendre… au travers de la souffrance. Entretien.



Propos recueillis par
Paul OHLOTT.

Paul Ohlott : Philippe Auzenet, vous venez de publier un ouvrage intitulé «Espérer contre toute espérance». Pour vous, l’espérance est toujours accessible, même lorsque l’échec nous colle à la peau ?

Philippe Auzenet : Oui, l’espérance est toujours accessible, mais c’est bien souvent nous, qui n’en découvrons pas l’accès. Nos vies sont tellement remplies d’épreuves et d’échecs que l’on a du mal à trouver la porte. J’ai donc voulu écrire ce livre pour les personnes totalement découragées, en bout de parcours, et parfois même en bout de parcours spirituel.

P.O. : Qu’est-ce qui a inspiré ce livre ? Est-ce votre parcours personnel ou votre travail d’aumônier de prison ?

P.A. : C’est l’ensemble, à commencer par les échecs successifs que j’ai connus dans ma vie, il y a maintenant de nombreuses années en arrière. Mais il est vrai que mon travail en prison, parmi les toxicomanes, et auprès des dépendants du sexe, m’a beaucoup inspiré. Je me suis aperçu pour ces derniers que leur parcours était très difficile, et quand bien même on leur mettait à portée de main les éléments pour s’en sortir, quelques fois ils ne s’en emparaient pas. Alors, j’ai voulu aller plus loin dans la réflexion, et je veux montrer, au travers de cet ouvrage, qu’il y a toujours une issue quelque part…

Espérer est un choix de vie ! 

P.O. : C’est un livre de recettes pour parvenir à l’espérance ?

P.A. : Oui… si on veut ! Il y a en effet beaucoup de pistes à explorer. Quand nous vivons un temps d’épreuve, il est très important de faire un travail sur nous-même.

P.O. : Les Français aiment beaucoup s’accrocher à la raison, mais espérer contre toute espérance, demande quelque part de s’éloigner de la raison…

P.A. : Tout à fait ! C’est indispensable, et il faut laisser beaucoup de place à l’intuition pour pouvoir se projeter dans l’avenir. Quelques fois, la raison est déraisonnable, nous conduisant vers des impasses regrettables. Pour espérer contre toute espérance, il faut retrouver la confiance dans la vie, dans des solutions à long terme… Il faut être un visionnaire, et cesser de regarder à soi-même ou à ses échecs présents. On peut toujours s’en sortir, mais espérer est un choix de vie.

P.O. : Vous parlez de choix, et c’est intéressant, car selon vous, l’espérance ce n’est pas une ressource innée, mais quelque chose qui s’apprend. Comment peut-on apprendre l’espérance ?

P.A. : On va d’abord apprendre l’espérance par le fait qu’on vit la désespérance. Par exemple, quelqu’un qui est en longue maladie ou un détenu en longue peine connaît l’espérance, car il est passé par le désespoir. Après avoir traversé des années et des années de désespérance, on se trouve devant un choix profond : Soit on baisse complètement et définitivement les bras, soit on prend la décision d’espérer jusqu’au bout. L’espérance, c’est essayer de vivre aujourd’hui ce que l’on désire pour demain.

P.O. : Mais si l’espérance est un choix, cela reviendrait à dire que la désespérance provient d’une faute ou d’un manquement de notre part… ?

P.A. : Je ne sais pas s’il faut raisonner comme cela, car nous sommes tous des humains. Nous sommes tous en proie à vivre des moments difficiles où le désespoir s’installe, même parfois quand tout semble aller pour le mieux dans notre vie. Il n’y a pas à en avoir honte, c’est un passage normal, et même obligé, qui nous apprend le déclic, la projection dans l’avenir, et le sursaut vital ! Certains parlent même de résilience, c'est-à-dire de savoir rebondir quand on touche le fond.

P.O. : À force de supprimer tous les garde-fous, vous écrivez que «la liberté de vivre s’est transformée en liberté de s’autodétruire». Faut-il comprendre qu’une mauvaise conception de la vie peut nous entraîner vers la mort ?

Dieu peut nous comprendre, car il a vécu des échecs 

P.A. : La liberté, c’est comme un champ clôturé. Une liberté réelle inclut la souffrance et des contraintes. Avec Mai 68, on a voulu éclater toutes ces limites, en proclamant que la liberté c’est de faire n’importe quoi, n’importe quand, avec n’importe qui. On voit ce que cela a engendré ! Je passe beaucoup de temps sur la route, et il est normal de devoir respecter un code de la route. Ma liberté commence par une restriction au niveau de ma conduite, mais une restriction qui ne m’empêche pas d’atteindre mon but et de remplir mes objectifs.

P.O. : Vous écrivez aussi que l’on a perdu l’essentiel. Mais comment définissez-vous l’essentiel ?

P.A. : C’est une grande question ! En tant que chrétien, pour moi, l’essentiel c’est Dieu, le Créateur de la vie. C’est la relation avec celui qui nous a désiré et qui peut nous donner les clés pour réussir notre vie. Ainsi, sous cet angle spirituel, la vraie réussite, c’est de parvenir à vivre au quotidien dans la présence et l’harmonie divine. Sinon, d’une manière générale, sur le plan humain, l’essentiel consiste à aimer et être aimé en retour. Et cela rejoint tout à fait la vision spirituelle, puisque Dieu est Amour. Un être humain qui n’aime pas et qui n’est pas aimé, est comme une plante plongée dans les ténèbres et qui n’est pas arrosée. Sa destinée, c’est la mort.

P.O. : Quelle est la place de Dieu dans ce cheminement vers l’espérance ?

P.A. : Sa place est primordiale. Dieu nous propose toujours de nous relever, et de nous aider à bâtir. Il est toujours présent à nos côtés et disponible. Et Dieu peut d’autant plus nous comprendre, qu’il a vécu des échecs. Au commencement de l’humanité, il avait de grands projets pour l’être humain, mais Adam et Eve ont tout saccagé. Il aurait alors pu plonger dans la désespérance, mais il a préféré continuer de croire en sa création, et notamment en l’Homme, envers et contre tout. Il a tout accompli pour que nous puissions revenir vers lui et recréer un nouvel Eden.

Le dialogue dans l’amour, c’est vraiment ce qui peut aider quelqu’un qui a envie d’en finir 

P.O. : Vous abordez le thème du suicide. Dans le monde, il y a environ une tentative de suicide toutes les 3 secondes… Quelle attitude préconisez-vous d’adopter si une personne de notre entourage manifeste des pensées suicidaires ?

P.A. : Avoir envie de se suicider est une pensée qui peut tous nous traverser. Personne n’en est à l’abri. Il ne faut donc pas avoir peur ou manifester du déni vis-à-vis de cette personne. Bien au contraire, nous devons l’accueillir, l’écouter et tenter de verbaliser ses problèmes, sans le moindre regard moralisateur ou accusateur. Le dialogue dans l’amour, c’est vraiment ce qui peut aider quelqu’un qui a envie d’en finir.

P.O. : Faut-il adopter la même attitude envers un ami en pleine dépression ?

P.A. : C’est un peu différent, car il y a un travail à long terme pour les personnes réellement dépressives. Il faut savoir que la dépression est une maladie qui se manifeste par un affaiblissement général de l’organisme et la fuite de toute volonté. La personne doit donc se soigner. Et pour aider cette personne, il existe toute une batterie d’outils qu’il ne serait pas possible d’énumérer ici. Cependant, je peux quand même préciser que Dieu peut aider une personne dépressive, si elle crie à lui. J’ai souvent vu l’action de Dieu dans ce genre de situation.

Il y a une confusion entre le bonheur et les plaisirs 

P.O. : Dans le livre, vous abordez aussi les troubles liés à la sexualité. Ce que certains appellent liberté et jouissance sans entrave, est-ce en réalité une maladie ou une drogue ?

P.A. : Chez certaines personnes, on peut effectivement considérer qu’il s’agit d’une véritable maladie ou d’une drogue, et là je pense notamment aux porno-dépendants. Le problème de notre société qui se veut athée, c’est qu’elle s’est adonnée à une religion de substitution, et cette religion s’appelle le plaisir. Avec les médias, la publicité, les magasins… Il y a une surexposition des plaisirs, qui induit les gens en erreur, en transmettant l’idée que le bonheur provient de l’accumulation de plaisirs. Il y a une confusion entre le bonheur et les plaisirs. Les jeunes veulent tout avoir, tout de suite, sans souffrir, et sans qu’on leur fasse de remarques. Alors, lorsqu’un jeune rencontre une épreuve, il est complètement désarmé pour la surmonter, car elle brise son rêve hédoniste. Cela peut évidemment produire des catastrophes, et nous ramassons des personnes à la petite cuillère. Concernant la sexualité, à force de la concevoir comme un jeu sans règle, elle enferme une quantité de gens dans une dépendance maladive.

P.O. : Cette philosophie du plaisir n’a-t-elle pas envahie l’Eglise ? Beaucoup ne vont-ils pas à l’Eglise pour se faire du bien, plutôt que pour rechercher et adorer Dieu ? Est-ce le symptôme d’un mal-être profond et d’une dérive inquiétante ?

P.A. : Vous faîtes bien d’utiliser ce mot de dérive. Je suis convaincu que dans nos églises, nous sommes en train de former des générations de chrétiens qui ne veulent pas souffrir, qui veulent être exaucés tout de suite, qui veulent immédiatement un miracle, et s’ils ne l’obtiennent pas, ils vont claquer la porte à Dieu…etc. Cette philosophie hédoniste est certainement en partie la cause de cette dérive, mais pas uniquement. Il serait bon d’entendre plus souvent des prédications équilibrées sur le bonheur. Selon l’Evangile, le bonheur consiste à donner sa vie, à renoncer à soi-même, à placer l’autre avant soi…Et c’est aimer Dieu, au point de se sacrifier pour lui. Mais à l’heure actuelle, malheureusement, de nombreux chrétiens souffrent de cette maladie du consommateur qui veut tout, tout de suite. Nous formons dans nos églises des consommateurs spirituels, qui seront totalement désarmés lorsque l’épreuve les surprendra. Le bonheur, c’est de trouver Dieu, et non recevoir ses bénédictions. Dieu doit être aimé pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il choisit de faire ou de ne pas faire.

P.O. : Aurait-on oublié le devoir de porter notre croix ?

P.A. : Je pense que l’on a un peu oublié de prêcher sur ce sujet dans nos églises, et les chrétiens manquent parfois à leur devoir de porter leur croix. Dans la Bible, on peut lire que sans souffrance, il n’y a pas d’héritage. C'est-à-dire que ceux qui ne voudront pas passer par la porte étroite, ceux qui ne voudront pas se courber, ne pourront pas passer la porte du Royaume.

P.O. : Vous parlez enfin de la non-existence. C’est une nouvelle maladie ?

P.A. : Ce n’est pas une maladie, mais un dysfonctionnement. Pour répondre rapidement, notre mère à notre naissance, nous communique ce sentiment d’exister. Et si elle ne le fait pas, ou si l’enfant n’est pas désiré, accueilli ou encouragé, un sentiment de non-existence va s’installer. L’enfant va grandir avec l’impression d’être de trop ou avec la culpabilité d’exister. Puis, avec les années, ce sentiment de non-existence va se caractériser par des pulsions de mort, et la multiplication d’échecs. De plus en plus connaissent ce sentiment, et c’est terrible car ces personnes ne vivent pas. Elles parviennent tout juste à survivre. C’est un défi pour l’Eglise, qui doit aussi répondre à ce problème. Il y a de mauvaises racines à arracher, de mauvaises semences à brûler.



Auzenet, Philippe.
- Espérer contre toute espérance -

Editions du Jubilé, Octobre 2008, 222p. 15€.

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Vos commentaires (10)

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Posté le 20 Novembre 2008 à 19h25
j'ai pris beaucoup de plaisir a lire cette intervous,car contre je ne suis d'accord de dire que Dieu a commis un echec Dieu est parfait dans tous se qu'il fait Dieu a craiér homme a son image il n'est pas responsable de ça désobeissance
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Posté le 20 Novembre 2008 à 19h08
Merci à mon ami Philippe pour ce message et ce livre qui traite d'un sujet trés important , bonne lecture
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Posté le 20 Novembre 2008 à 15h41
il y a beaucoup de chrétiens qui souffrent de persécutions à travers le monde. Ici, c'est difficile, déjà les gens ne se sentent pas heureux. Comment voulez-vous qu'ils soient disposés à souffrir encore pour leur croyance alors qu'ils ne joignent plus les deux bouts et ont pleinde soucis ?
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Posté le 20 Novembre 2008 à 09h13
Chère AVENOE, la vie ici-bas n'est pas plus vouée au bonheur et à la félicité qu'à la souffrance et aux problèmes, c'est justement ce que l'on a prêché dans un sens ou dans l'autre pendant des lustres dans nos églises, toutes dénominations confondues. C'est vrai que l'on a beaucoup enseigné que le fait de se convertir allait résoudre tous les problèmes (surpromesses !)... ou bien que l'on était ici-bas pour ramer en attendant la félicité éternelle (déprimant et paralysant) ! Je ne crois pas que la vie terrestre soit une fin en soi, bien qu'elle ait une fin ! Il nous faut, je crois, essayer de vivre dignement et honnêtement, en essayant d'aimer, même si cela n'est pas facile. C'est ce chemin que nous indique Jésus ici et maintenant, en sachant qu'il nous soutient et nous aime de manière inconditionnelle, même si on le rejette comme vous semblez l'avoir fait. En tout cas il n'est jamais trop tard pour changer d'avis... ;-)
 
Posté le 19 Novembre 2008 à 15h50
Ça me fait bien plaisir de te lire ici, Philippe ! Un grand bonjour et à bientôt. Guy
 
Posté le 19 Novembre 2008 à 14h52
Pour répondre à notre ami AVENOE, Dieu ne nous "envoie" aucun malheur ni aucune souffrance. Ils sont simplement la marque de la vie ici-bas et sur ce point là nous sommes tous à égalité, chrétiens ou non chrétiens. Mais lorsque l'on traverse une épreuve, il est bon de se souvenir que l'on a fait alliance avec le ieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. A lire le Psaume 23, bien connu des amateurs de films américains (c'est celui qui est récité par le pasteur auprès de la tombe, à chaque enterrement pendant que les GI impeccables et alignés tirent des salves en l'air avec leurs fusils d'assaut...!) :-)
 
Posté le 19 Novembre 2008 à 13h47
A lire aussi pour ceux qui veulent être éclairés sur la manière dont fonctionne notre société et pourquoi il nous faut être conscient que nos pensées sont manipulées par les media, la pub, etc. : "La tyranie du plaisir" de JC Guillebaud, grand reporter, philosophe et sociologue, auteur notamment du livre "Comment je suis redevenu chrétien"... De la tyranie du plaisir à redevenir chrétien, c'est un beau raccourci non ? Je veux dire... vraiment chrétien, c'est à dire à l'imitation de Christ, qui n'a pas cherché à faire ce qui lui plaisait mais ce qui plaisait au Père. Et c'est précisément que qui nous est demandé à nous aussi : "Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait".[...] Rom 12 : 2
+1   
Posté le 19 Novembre 2008 à 11h10
Joyeux anniversaire et merci pour toutes les infos que tu nous fais partager. Que le Seigneur te bénisse abondamment !
 
Posté le 19 Novembre 2008 à 06h50
excellent thème et tout à fait actuel je suis tout à fait d'accord avec M. Auzenet, bravo de le dire haut et fort! c'est un message indispensable pour tous les chrétiens d'aujourd'hui
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Posté le 16 Novembre 2008 à 18h35
Pour avoir rencontré Philippe auzenet avec lequel j'ai pu parler ouvertement de mon probleme avec l'homosexualité, je bénis le seigneur d'avoir placé sur mon chemin un homme si exceptionnel. Si vous ne connaissez pas ce que sont que des mots d'amour, alors vous les les lirez au travers les lignes de son livre, au travers sa facon d'être et grace a son franc parlé. il transmet tellement de chose, l'aboutissement est certain avec philippe auzenet, et pourquoi ? parce que c'est notre Dieu qui nous l'envois ! confiez vous en lui, lisez son livre, faites lui parvenir vos souffrances, il est super, il vous aidera, peu importe la méthode ou par quel biais, l'esprit du seigneur est sur sa vie ! vous serez touché !
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