
Pas un meeting, une émission de télévision, un déplacement sans que la ressemblance entre Barack Obama et les frères Kennedy, John et Robert, ne soit évoquée. John F. Kennedy a incarné un mythe pour l’Amérique, un mythe en noir et blanc où les gens ont cru en son rêve de l’abolition de la discrimination, de la croissance économique et du refus de la guerre.
Quarante ans plus tard,
Barack Obama incarne à son tour ce mythe, un mythe en couleur où les gens croient dans les valeurs qu’il défend, l’égalité, l’abolition de la notion de la race et le refus de la guerre.
Septembre 1960. John F. Kennedy, 43 ans, a parcouru des milliers de kilomètres, a serré des milliers de mains et a prononcé des centaines de discours. Il vient d’être désigné par son parti comme le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine. Il a choisi le Texan Lyndon Johnson comme Vice-président, malgré le peu de sympathie qu’il a pour lui. JFK a compris qu’il a besoin de Johnson pour remporter l’élection dans les Etats du Sud, plus conservateurs, et qui ne sont pas toujours enclin à apporter leur confiance à un libéral du Nord. John Kennedy fait campagne sur le thème de la « Nouvelle Frontière » et s’apprête à affronter son ennemi de toujours, Richard Nixon. En septembre 1960, les sondages donnent une légère avance au Républicain Nixon. Le premier débat télévisé qui oppose les deux candidats montre le jeune démocrate Kennedy, sénateur du Massachusetts, détendu, très à l’aise, et qui avance avec précision chiffres et faits sur les sujets les plus divers. Kennedy emporte le premier débat, et pendant les trois semaines qui précèdent l’élection le camp Nixon s’enfonce dans le pessimisme et l’agressivité, multipliant les coups bas à l’encontre de Kennedy, qui remporte la victoire.
Septembre 2008.
Barack Obama, 47 ans, a parcouru des milliers de kilomètres, a serré des milliers de mains et a prononcé des centaines de discours. Il vient d’être désigné par le Parti démocrate candidat à l’élection présidentielle et il nomme le charismatique Joe Biden Vice-président. Il n’y a aucune sympathie particulière entre les deux hommes, mais Barack Obama sait que Biden peut lui faire remporter les fameux Etats clés (swing states). L’expérience de Joe Biden, retors de la politique étrangère, permet à Obama de se protéger contre les attaques du
camp McCain, liées à son manque d’expérience. En septembre, les sondages donnent une légère avance à son adversaire Républicain John McCain. Le premier débat télévisé de septembre qui oppose les deux candidats à la présidence montre le jeune démocrate Obama, sénateur de l’Illinois, détendu et qui avance avec précision chiffres et faits sur les sujets les plus divers. Obama emporte le premier débat et, depuis plusieurs jours, semble avoir pris le pas dans les sondages sur son adversaire Républicain qui multiplie les attaques et les coups bas à son encontre.
Héros de la lutte des noirs
Barack Obama incarne le mythe d’une Amérique nouvelle. Il incarne les valeurs de John et Robert Kennedy, et de Martin Luther King. Obama est considéré comme le fils de Martin Luther King et des frères Kennedy. Il a reçu l’année dernière le soutien de plusieurs membres de la famille Kennedy.
Caroline, la fille de John, a été la première de la famille à se positionner derrière Obama allant jusqu’à comparer le sénateur à son père. Elle a publié, dans le New York Times de janvier 2008, une tribune intitulée « Un président comme père ». C’est ensuite au tour de Ted Kennedy, sénateur du Massachusetts et troisième frère du clan Kennedy, et de son fils Patrick, de rejoindre le camp des pro-Obama.
Barack Obama a su réconcilier toute une génération de jeunes Américains avec la politique, ces moins de trente ans qui croient en une ère nouvelle et un monde meilleur. Lors de ses meetings, la foule au rendez-vous croit en ses promesses pour l’Amérique. Il incarne l’espoir du XXIe siècle. Sa politique tranche radicalement avec l’« establishment » de la Maison Blanche mise en place depuis les années 1980.
Depuis son entrée en politique en 2004, les historiens et les chercheurs comparent Barack Obama à John, mais s’attachent à dire qu’il serait plus proche des valeurs incarnées par Robert Kennedy, candidat démocrate à la présidentielle de 1968. Les frères Kennedy, John tout d’abord, puis Robert en 1968, ont été les héros des noirs en lutte. Ils ont soutenu les mouvements des droits civiques dans une Amérique marquée par le racisme. Obama a consacré un long développement, dans son discours sur la race prononcé à Philadelphie le 18 mars dernier, à la question de la race et de la discrimination positive.
Le grand écrivain de la gauche américaine Russel Banks, interviewé en mars dernier par le Nouvel Observateur, déclarait: « Personne depuis Bobby Kennedy n'était ainsi parvenu à rallier les riches et les pauvres, les Blancs, les Noirs et les Hispaniques, dans une coalition sans équivalent depuis Franklin Roosevelt (...) Mais je n'oublie pas qu'il y a juste quarante ans Robert Kennedy a été assassiné, la même année que Martin Luther King, et cela m'inquiète ». La comparaison entre les frères Kennedy et Barack Obama est extrêmement forte. "Leurs idées sont identiques, notamment sur la question de la race, et montrent finalement que les Etats-Unis n’ont pas évolué dans leur mentalité. Le racisme reste aujourd’hui l’une des composantes de la société américaine. Et il y a toujours des cas de racisme aux Etats-Unis », explique un professeur de politique à l’Université d’Harvard.
John F. Kennedy s’est passionné pour les affaires étrangères plus que pour les affaires intérieures. Barack Obama, au contraire, est passionné par les questions de société. Mais comme le disait récemment Joe Biden, « Croyez moi, il ne se passera pas six mois avant que le monde ne mette à l’épreuve Barack Obama, comme il l’avait fait avec Kennedy ». Obama devra, comme Kennedy, montrer que l’on peut être jeune et défendre une vision du monde plus juste et plus équitable.
Les valeurs véhiculées par John Kennedy, puis Robert Kennedy et Martin Luther King ont dérangé l’Amérique des années 1960. Ils ont été assassinés. Quarante ans plus tard, la mentalité américaine a-t-elle évolué et les Américains sont-ils prêts pour un Président noir ? Réponse mardi 4 novembre prochain...
Vanessa Gondouin-Haustein
Correspondante pour le Topinfo à New York
Article de Vanessa qui vient de paraitre sur le Topinfo :
John McCain, le survivant de la guerre du Viêt Nam
-A lire : « L'Amérique de Barack Obama », de François Durpaire et Olivier Richomme, aux éditions Broché
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