17 Juillet 2008 - Actualité christianisme, société, religion
Interview de Eugène Rard : ‘’Des bébés délivraient un message de Dieu !’’
Par Paul Ohlott
France  |  Source : TopInfo  |  Lu 12920 fois  |  106 votes

L’organisateur de l’actuel Tour de France de la Bible, a plus d’un tour dans son sac. Dopé au Saint-Esprit, il a même déjà publié son premier exploit : Un ouvrage qui résume 250 ans du Protestantisme en 1h30 de lecture, et «sans faire mal à la tête», tient-il à préciser.

Prélude à un second tome en préparation, sur le sujet passionnant du prophétisme au temps des Camisards, «La France et la Réforme» (Editions le Manuscrit) rappelle la nécessité de connaître les racines de sa foi pour gagner en équilibre. Une véritable source rafraîchissante.

Plein de ressources, d’humour et de vitalité, Eugène Rard se dévoile sous les traits d’un auteur et conférencier simple et direct. Tout ce que vous n’aimez pas entendre, soyez certain qu’il ne manquera pas de vous le dire. D’ailleurs, de la langue de bois, il n’a gardé que le bout de bois pour frapper là où ça fait mal !

Entretien avec un évangéliste infatigable.

>> Ecouter le FlashInfo sur le Tour de France de la Bible.


Propos recueillis par Paul OHLOTT.


Paul Ohlott : Cette année, au Salon du Livre, vous avez présenté votre premier ouvrage. Pour autant, vous n’êtes pas né avec la passion de l’écriture. Que s’est-il passé pour que vous preniez la plume ?

Eugène Rard : Il y a une vingtaine d’années, j’avais pris un mauvais coup à la gorge, et je ne pouvais plus que chuchoter. Ma voix était complètement cassée. Et après contrôle médical, il s’est avéré que mes cordes vocales souffraient de graves lésions. Les médecins m’ont dit ensuite que l’on ne pouvait rien y faire, et qu’il fallait attendre. Après trois semaines où le mal persistait, alors que je faisais du rangement dans la maison, d’un seul coup je me suis retourné et me suis entendu dire ‘’Satan, tu veux me prendre la voix, ce n’est pas un problème, je vais me mettre à écrire’’. A l’instant même, à ma grande surprise, ma voix est redevenue normale. La seule conclusion que j’ai tirée de cette expérience, c’est que le diable, même s’il n’apprécie pas que je prêche, redoute davantage le fait que j’écrive. Bien plus tard, en novembre 2005, j’étais à Douala, au Cameroun. A la fin d’une conférence, une jeune femme s’est approchée de moi et m’a donné son stylo en me disant ‘’Je ne sais pas ce que cela signifie, mais je sais que Dieu veut vous parler au travers de ce stylo’’. Alors bien que je n’excelle pas dans l’interprétation des signes, et que je ne sois pas très porté sur la voix de Dieu si elle s’exprime au travers d’un oiseau qui chante sur une branche, ou de la vision d’un nuage qui se divise en deux… ce stylo avait un sens très fort. Ce que personne ne savait à Douala, c’est que le lendemain, à Paris, j’avais rendez-vous à 9h avec Nicolas Philippe, le Président des éditions Le Manuscrit. Une belle confirmation et un encouragement, en quelque sorte.

A l’instant même, ma voix est redevenue normale 

P.O. : Malgré votre première expérience surprenante, il vous a fallu plus de 20 ans pour publier ce livre...

E.R. : Oui, c’est vrai. Comme on dit, il faut joindre le geste à la parole ! Et le temps m’a échappé complètement. Il y a eu tellement de choses en 20 ans ! Je suis parti étudier deux ans au Danemark, j’ai fondé la mission Semer, avec laquelle on a implanté une imprimerie au Congo, et nous sommes également partenaires avec un hôpital au Cameroun, sans oublier notre projet d’orphelinat aux Caraïbes, et bien sûr toute l’organisation, chaque année, du Tour de France de la Bible… bref, on ne s’ennuie pas, les projets s’enchaînent et sont plus fous les uns que les autres, et je crois bien qu’il n’y a que Dieu qui n’est pas fou dans toute cette histoire !

P.O. : Pourquoi avoir choisi d’écrire sur «La France et la Réforme» ?

E.R. : Cet ouvrage est le fruit de toute une expérience, de la manière dont Dieu a conduit ma vie, et de l’intérêt qu’il a mis dans mon cœur pour nos racines. La foi que j’ai découverte, en rencontrant Jésus-Christ le 13 avril 1980 à 9h moins le quart, a manifesté le besoin de connaître ses racines. Je me suis donc penché sur l’histoire de l’Eglise, et je me suis rapidement rendu compte, lors de mes interventions dans les églises, qu’il y a une grande ignorance et en même temps un grand intérêt sur ce sujet, notamment dans le milieu évangélique.

Le Protestantisme à la portée de tous 

P.O. : Pourquoi un nouvel ouvrage sur le Protestantisme ? Que peut-on découvrir de nouveau sur la Réforme ?

E.R. : L’originalité de ce livre provient de son angle de vision. Les approches catholique et réformée de l’histoire de l’Eglise sont très intéressantes, mais ce n’est pas la vision que j’ai choisie de communiquer. En outre, j’ai désiré mettre le Protestantisme à la portée de tous. En 1h30, il est désormais possible de dévorer 250 ans d’histoire protestante. Par ailleurs, ce livre ne doit pas seulement nous ramener à nos racines. Il se veut être un défi ! Je n’aime pas l’histoire pour l’histoire. J’aime l’histoire qui a un but et un objectif pour aujourd’hui. Les racines d’hier doivent produire un fruit aujourd’hui. Le défi donc de cet ouvrage est de dire à chaque chrétien : ‘’Tu as vu ce que tes pères ont fait ? Tu as vu ce par quoi ils sont passés ? Et ils ont quand même tenu bon. Alors toi, que ferais-tu dans une telle situation ?’’

P.O. : Peu connu du grand public, le prophétisme des Camisards est un sujet passionnant, et du reste polémique. Comptez-vous l’aborder dans un deuxième livre ?

E.R. : Effectivement, le deuxième ouvrage est en cours de finalisation. Au début du 18eme siècle, il y a eu un certain nombre d’événements très enrichissants pour nous aujourd’hui. Il faut savoir que, sous la pression, les trois quarts des pasteurs ont signé l’acte de renonciation à leur foi. Et moins de 5% sont restés en France. Beaucoup ont quitté le pays, laissant des églises sans responsables, et qui n’avaient plus le droit de se réunir officiellement. Les fidèles protestants devaient alors se cacher et organiser des réunions dans les granges, dans la forêt, dans des cavernes… Ils étaient comme des pestiférés, et sous la menace permanente des dragons du Roi. Mais ce qui a retenu mon attention, ce sont tous les miracles de Dieu qui se sont produits à cette époque. Par exemple, des chants célestes retentissaient et des pluies de pierres jaillissaient du ciel au moment où les groupes de camisards lançaient l’attaque contre les soldats qui venaient anéantir les villages protestants. Dans un autre genre encore, au cours des réunions secrètes, des bébés de 3 à 6 mois, s’asseyaient d’un seul coup et se mettaient à délivrer un message de la part de Dieu, avant de se recoucher et de reprendre leur ‘’Arheu’’ comme si de rien n’était. Et leurs messages servaient souvent à les prévenir d’une attaque imminente ou encore à dénoncer des espions parmi eux.

Des bébés de 3 à 6 mois se mettaient à délivrer un message de la part de Dieu 

P.O. : Les Camisards étaient-ils des charismatiques ?

E.R. : Quelque part, il n’y a rien de nouveau dans ce que l’on peut vivre aujourd’hui dans le domaine prophétique, que ce soit chez les pentecôtistes ou les charismatiques. Dès le début de la Réforme, il y a  eu des effusions de rire, des pleurs, des réunions où les gens tremblaient (les quakers), et d’autres où les gens ne bougeaient plus pendant des heures… Il y a eu toutes sortes de manifestations curieuses que tous ne parviennent pas à comprendre, mais en tous les cas, dans l’histoire de l’Eglise on n’a pas attendu le 20eme ou le 21eme siècle pour vivre l’effusion du Saint-Esprit. Je pense qu’il est vraiment important que nous sachions ce qui s’est passé dans l’histoire de l’Eglise au cours des siècles, car cela peut nous rassurer sur ce que l’on voit se produire dans les églises aujourd’hui. Attention donc à ce que l’on serait tenté de qualifier trop rapidement de «dérives sectaires». Plus  encore, tout cela nous rappelle aussi que Dieu n’est pas une conception théorique, mais qu’il agit concrètement et puissamment.

P.O. : Votre livre est-il apprécié par les luthéro-réformés ?

E.R. : C’est une vision qui est contestée, mais tous les événements que je cite s’appuient sur une base historique sérieuse. Les faits sont là. Ensuite, si ça ne plaît pas à tout le monde, c’est un autre problème ! Il existe un livre catholique intitulé «De l’inspiration des Camisards», et un évêque écrit dans l’introduction que face à ces événements, il y a plusieurs réactions possibles. Soit, ces gens étaient des fous. Mais à ce moment là, pourquoi ne voit-on pas ces choses se produire dans les centres psychiatriques ? Soit ces gens étaient possédés par le diable. Mais ce qui est gênant c’est que la Bible relate des miracles similaires. Soit cela vient de Dieu. On est en droit de rejeter l’inspiration divine, mais on ne peut pas rejeter la réalité de ces manifestations étonnantes.

P.O. : Pour quelles raisons votre choix s’est-il porté vers un éditeur séculier pour diffuser un exposé aussi spirituel ?

E.R. : Quand j’ai rencontré Nicolas Philippe, le Président des éditions Le Manuscrit, j’ai commencé par lui expliquer mon parcours spirituel. Et quand j’ai terminé mon histoire, il m’a dit qu’il recherchait des auteurs de convictions. Alors, je lui ai juste demandé si à ses yeux j’avais suffisamment de convictions. Et en guise de réponse, il m’a proposé un contrat.

Le Corps de Christ n’a jamais été prévu pour être cloisonné à nos quatre murs 

P.O. : Pour autant, était-ce un choix délibéré que de ne pas soumettre votre ouvrage à un éditeur protestant ou évangélique ?

E.R. : En effet. Bien qu’en France, nous ne soyons pas dans un contexte similaire à celui des Etats-Unis où il existe un monde parallèle chrétien, je pense hélas que notre témoignage ne sort pas beaucoup de nos églises. Et je trouve cela vraiment dommageable. L’Eglise doit se voir. Une église qui ne se voit pas, est-ce encore une église ? Le Corps de Christ n’a jamais été prévu pour être cloisonné à nos quatre murs. Jésus-Christ est vivant, il est partout, même au Salon du Livre. Nous avons des maisons d’éditions chrétiennes très intéressantes, mais leur impact à l’extérieur du monde chrétien reste malheureusement très limité. Qui connaît Vida, Farel, la Maison de la Bible…? Le monde que je côtoie en dehors de l’église, que sait-il de tout cela ? Rien ! Alors, il faut être au milieu de ces gens. Cassons les salières pour que le sel se répande auprès des gens du monde. Je me souviens, il y a quelques années, des amis chrétiens avaient osé acheter une double page dans le magazine Playboy, pour diffuser le témoignage de conversion d’une personne qui avait un problème sexuel. Ils ont eu des réponses incroyables… Un superbe impact. Mais évidemment, vous pouvez imaginer la réaction de la sacro-sainte Eglise. Madame était offusquée. Eh bien, je suis content que mon livre puisse être un grain de sel à quelques centimètres de la collection érotique des éditions Le Manuscrit. Jésus était avec les prostitués et les péagers… Et comme d’un fait exprès, pour gagner ma vie, je travaille pour une société d’autoroute !

Rard, Eugène. -La France et la Réforme-. Le Manuscrit, 2006, 88p. 13,90€.

Voir le livre - Editions Le Manuscrit

 
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